Des usages collectifs: archives, mémoires et identité. Patrimoines en héritage

Journées des Archives de Louvain 2014, 25 avril 2014
Comment se fabrique le patrimoine ?

Jean DAVALLON, Professeur à l’Université d’Avignon et à l’EHESS à Paris se positionne comme gardien du patrimoine au sens plutôt muséal et précise avoir un regard excentré par rapport aux archives.

Qu’est-ce que la patrimonialisation ?
Il s’est interrogé ensuite sur comment l’on passe du patrimoine à la patrimonialisation.
On peut l’aborder soit par les « pratiques historiques » soit selon le plan « symbolique ». La première manière est illustrée par les mouvements de sauvetage lorsque beaucoup a été détruit. Le passage au symbolique est illustré par le changement de statut d’un objet « commun » en un objet « exemplaire » comme une manifestation d’une étape temporelle marquant le passage du fonctionnel au non-fonctionnel.

Un objet patrimonial consiste en un objet ET un savoir (sur cet objet)
L’objet patrimonialisé passe de son monde d’origine au patrimoine par une découverte (la « trouvaille » selon Umberto Eco). L’étape suivante est la déclaration (on estampille socialement une valeur patrimoniale). Cette valeur est ensuite montrée (exposition) et abouti à la transmission dans le temps (transmission).
Pour les objets matériels, il s’agit d’établir l’authenticité (la matérialité de l’objet et son statut patrimonial sont indissociables). On opère ensuite une revivification mémorielle (intégrer cet objet patrimonial dans une mémoire sociale)-
Pour les objets immatériels (exemple : le chant corse) Ce fait patrimonial est un « objet idéal » qui n’existe que dans l’esprit et qui nécessite une « manifestation ». Cette manifestation a deux modalité ; L’exécution (le concert public), la transmission (par l’apprentissage). Mais aujourd’hui la technique permet l’enregistrement, qui devient une manifestation permanente.

Schema_Patrimonialisation_Danvallon_2014xL’usage traditionnel des archives (dans le monde patrimonial)
Les archives servent à construire un savoir sur l’objet pour produire un substitut de la mémoire absente de l’objet matériel (car le monde d’origine à disparu). Elles permettent de documenter les objets. Elles peuvent même se substituer à des objets disparus.

Nouveau patrimoines, nouvelles archives ?
La patrimonialisation du patrimoine immatériel implique la plupart du temps la production d’archives volontaires :

  • Documents administratif pour la reconnaissance
  • Documents et données venant de la collecte systématique de savoir sur les manifestations de l’objet
  • Documents issus de l’enregistrement de traces des manifestations (spécialement les exécutions)

Les nouvelles pratiques et les nouveaux objets impliquent aussi de nouvelles formes de production de données (collecte collaborative, documentation d’objets contemporains)

Les archives comme mémoire sociale
Les archives appartiennent à la mémoire sociale : une mémoire collective enregistrée, écrite, matérialisée. Elles sont donc caractérisées par une double énonciation :

  • Une énonciation dans son monde d’origine, par ceux qui ont produit les documents
  • Une énonciation par ceux qui les sélectionnent, les interprètent pour produire un savoir.

En tant que mémoire sociale, les archives participent donc à la patrimonialisation de trois manières :

  1. En tant que texte produit par quelqu’un à destination de quelqu’un, elles sont dépositaires d’information.
  2. En tant que documents dépositaires d’un savoir sur les circonstances, le support, la forme, les protagonistes de la production, elles peuvent faire l’objet d’un travail d’interprétation.
  3. Enfin lorsqu’elles sont des documents venus du passé, elles peuvent elles-mêmes être patrimonialisées

La patrimonialisation des archives ?
La matérialité des archives ouvre leur usage comme patrimoine :

  1. Soit en tant qu’enregistrements de la manifestation d’un patrimoine immatériel.
  2. Soit en tant qu’objet matériel du passé qui doit être gardé pour la postérité du fait de sa valeur sociale de témoin.

Produire des archives est produire un patrimoine potentiel, en attente, dont le destin dépend de l’intérêt qui sera porté par les générations futures.

About these ads

À propos de regarddejanus

Archiviste, Record-manager et enseignant
Ce contenu a été publié dans archivistique, Patrimoine, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

3 réponses à Des usages collectifs: archives, mémoires et identité. Patrimoines en héritage

  1. Ping : Des usages collectifs: archives, mémoire...

  2. Très bon article que je recommande, il est très bien écrit

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s