Journées des archives de l’Université catholique de Louvain

J’étais invité il y a quelques jours (23-24 mars) aux journées des archives de l’Université catholique de Louvain (UCL http://www.uclouvain.be/326802.html). Elles étaient consacrées à la Dématérialisation des archives et métiers de l’archiviste. Les chantiers du numérique.

La matinée de la première journée a été consacrée à planter le décor.

Patrice FLICHY (Université Paris-est) a brossé le tableau sociologique des nouveaux usages du numérique en insistant sur le côté participatif des réseaux actuels. Rien de très nouveau pour qui s’intéresse déjà à cette problématique mais une bonne synthèse pour débutant pour laquelle je retiendrais cette remarque finale. Quels sont les fans des archives ?

Le deuxième volet était consacré à baliser l’arrière fond juridique. Marie Demoulin, (Centre de recherches Informatique et Droit, Facultés universitaires de Namur) a dressé un tableau de la situation belge. Elle est assez semblable à celle des autres pays européen tout en présentant certaines particularités. Une bonne introduction et surtout un éclairage sur l’essence de la pensée juridique qui n’est pas aussi « carrée » qu’on veut bien le croire. Elle s effectivement insisté sur le fait qu’en dernier c’est le juge qui décide de la recevabilité de la preuve juridique et qu’aucun système ne peut garantir a priori qu’il fournira une preuve, bien que certaines précautions soient recommandées.

Enfin, Françoise Banat-Berger, (Direction des Archives de France) a fait le point sur Les fonctions de l’archivistique au regard du monde numérique. Tout en remarquant que les fondamentaux archivistiques n’étaient pas mis en cause par le numérique. Deux domaines semblent cependant devoir être révisés : la notion de provenance et le fait que l’archiviste doit s’occuper des documents numériques dès leur création.

Après cette mise en bouche, l’après-midi était consacré à des exemples plus concrets à propos des questions à résoudre pour les archives numériques. Il m’appartenait d’ouvrir les feux avec une réflexion sur la nouvelle configuration qu’engendre le numérique et la contrainte qu’il nous impose de bien définir les concepts de données-documents-transactions. Mon hypothèse est que seul un workflow bien conçu peut nous permettre de gérer ces différents « états informationnels » sans perte archivistique.

Ensuite, Sabine Mas, Professeure à l’EBSI de Montréal, a fait état des recherches que cette école fait sur l’utilisation de la classification à facettes pour l’indexation des documents dans le cadre du records management. La démarche part du constat que les utilisateurs se sentent mal à l’aise avec les plans de classement proposés et développe leur propre système de classement. Les premiers résultats tendent à montrer que le système à facette offre une possibilité « d’étiquetage » plus facile à s’approprier que les plans de classement et plus efficace que le « tagging » mais qu’il reste néanmoins nécessaire de maintenir par ailleurs un classement hiérarchique.

Enfin, cette après-midi s’est terminée avec une communication de Sébastien Soyez, des Archives nationales de Belgique, qui a présenté les outils et les publications mis à disposition des administrations du Royaume en vue de traiter leurs documents numériques et leurs projets de dématérialisation au mieux des connaissances actuelles. Une mise en perspectives des bonnes et des mauvaises raisons de dématérialisée a été particulièrement appréciée.

Les discussions nourries qui ont suivi les présentations, tant dans la salle qu’à la pause ont conforté l’intérêt que la nombreuse assistance avait pour ces thématiques.

Le lendemain, Luciana Duranti, de l’Université de Colombie britannique (Vancouver) nous a présenté les recherches que son école mène en collaboration avec les informaticiens et les services de police sur ce qu’il est convenu d’appeler l’informatique judiciaire [digital forensics]. On trouvera des détails de l’avancement de ces recherches sur le site www.digitalrecordsforensics.org, mais ce que l’on peut d’ores et déjà retenir de ce travail est que la mise en commun des savoirs faire informatiques, archivistiques et juridiques est simultanément profitable et indispensable.

Suite à cela, deux collaborateurs de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA-Paris), Luce Viaud et Olivier Buisson, nous ont montré les différent outils actuellement mise en œuvre pour la « fouille d’image » dans les fonds audio-visuels de l’INA. Ces recherches partent du constat que les utilisateurs ignorent totalement la profondeur des fonds existant et que les méthodes d’indexation classiques sont inopérantes et potentiellement terriblement coûteuses) ; par exemple, le procès des kmehrs rouges contient 3’000 heures de vidéos. Ils ont donc travaillés sur l’analyse de forme des images ou extraits d’image (pour les vidéos) avec l’utilisation d’algorithme de compression extrêmement performant, qui permettent de combiner des rechercher aussi bien des images que des termes d’indexation. Les démonstrations furent époustouflantes. Un autre commentaire à ce propos ici: http://minedhistoires-histoiredemines.posterous.com/journees-des-archives-lina-mediagraph-et-vita

La communication suivante été proposée par Jean-Claude Genoud, chef des projets patrimoniaux à la commune de Lausanne. Il a présenté la mise en place de la coopération entre les musées lausannois pour documenter leurs fonds de manière commune. Cette démarche a été depuis étendue à d’autres services patrimoniaux de la ville comme les bibliothèques. Pour résumer les leçons apprises ces dernières années, M. Genoud met en avant deux axes : la nécessité de passer d’un modèle passif à un modèle (pro-)actif, et l’importance de plus en plus forte de la géolocatisation pour des objets numériques qui concernent une zone géographique déterminée (en l’occurrence la région lausannoise).

La matinée s’est terminée avec la description du programme LIAS (Leuvens Integraal Archiveringssysteem [système d’archivage intégral de Louvain]) par Jan De Maeyer, Professeur à la Katholieke Universiteit Leuven, Directeur du KADOC. Ce programme est une réalisation en consortium de différents acteurs patrimoniaux de la région de Louvain qui met en oeuvre de manière coordonnées les outils suivants :

1/    Gestion des objets numériques (Digitool-Rosetta)

2a/ Catalogage archivistique (ScopeArchiv/ISAD)

2b/ Catalogage bibliographique (Aleph/Marc 21)

3/    Métadonnées (ODIS/ISAAR)

L’accès par le grand public passe par un moteur de recherche (LIMO) qui sert de clé d’accès aux applications spécifique (Aleph/Scopearchiv).

L’après-midi a débuté avec la présentation des dépôts d’archives ouvertes des universités québécoise et canadiennes par Martin Boucher, Directeur du développement numérique, Centre d’édition numérique, Université de Montréal. Il nous a présenté deux projets :

–       La plateforme ERUDIT pour les publications en sciences humaines du Québec (actuellement 80 revues scientifiques et 27 revues culturelles)

–       La plateforme SYNEGIE pour la diffusion et la promotion des projets de recherche en sciences humaines

L’idée est de mutualiser les ressources et l’expertise ; ainsi, chaque université participante développe une expertise spécifique qu’elle partage avec les autres universités du réseau.

Jean-Marie Yante, professeur à l’UCL, a développé des réflexions sur l’adaptation de la formation des archivistes au monde du numérique qu’il a décliné en quatre problématiques :

  1. Un socle à renforcer : les bases sont les mêmes (respect de fonds et de la structure des fonds) mais elles doivent s’adapter au nouvel environnement technologique.
  2. Briser un certain isolement, principalement établir un lien avec les informaticiens
  3. Numérisation et valorisation, la numérisation offrant des potentialités inédites, il est nécessaire de définir de nouvelles exigences professionnelles permettant d’utiliser ces. nouvelles possibilités
  4. Archivistes et/ou informaticiens ? Il est clair que la répartition des tâches et des compétences doit être approfondie.

Il appartenait à Bruno Delmas, professeur à l’Ecole des Chartes, d’apporter la conclusion à ces riches journées.

Il a commencé à rappeler que nous sommes face à un triple basculement :

–       Le passage du système technique industriel (19e) vers un autre monde numérique (21e)

–       Une mutation sociale (les populations sont devenues numériques, récent) passage au tout numérique et ses conséquences

–       Basculement du métier archivistique, dernier point qu’il a développé plus longuement dans ses conséquences, soit :

  • La sécurité et fiabilité des archives (les documents numériques ne se conservent pas tout seuls)
  • La conservation matérielle (= création de métadonnées)
  • Les durées des délais de protection change de nature avec les possibilités de croisement des données numériques

A propos regarddejanus

Archiviste, Record-manager et enseignant
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