Formation des curateurs numériques de demain

Comme j’ai fait mon certificat en archivistique sur la nécessité des cyberarchivistes (http://blogs.loc.gov/digitalpreservation/2012/07/training-the-digital-curators-of-tomorrow/), je ne pouvais pas rester insensible au billet d’Emily Reynolds sur la formation des curateurs numériques de demain sur le blog de la Bibliothèque du Congrès. L’original est ici (http://blogs.loc.gov/digitalpreservation/2012/07/training-the-digital-curators-of-tomorrow/) et la traduction française là (Formation des curateurs numérique de demain).

Elle y rend compte d’un Symposium sur la conservation numérique à l’ère des Big Data : Possibilités de carrière et besoins en personnel [Symposium on Digital Curation in the Era of Big Data: Career Opportunities and Workforce Requirements], organisé par le Board on Research Data and Information début juillet et réunissant ensemble des formateurs et des praticiens de la conservation numérique. L’événement mettait en vedette des discussions sur les compétences requises par les employeurs pour la conservation des données et les programmes de formation nécessaires pour développer ces compétences.

Elle met en évidence deux problématiques qui sont ressorties des différentes interventions, soit :

  • Le curateur numérique remplit de nombreux rôles
  • La connaissance de domaines spécifiques est essentielle pour les curateurs numériques

C’est surtout sur le dernier point qu’elle réagit (négativement) et les commentaires du billet vont dans le même sens avec divers arguments tous assez censés. J’aimerai y rajouter les miens.

Bien que mon travail à propos des cyberarchivistes visait le contexte plus large de l’archivage électronique alors que le symposium ciblait les curateurs de données scientifiques les conclusions que j’en tirais restent valables dans ce contexte particulier.

J’y exprimais que les cyberarchivistes avaient besoin de tellement de compétences que l’archivage numérique devait plutôt être le fait d’une équipe que d’un seul individu. Ceci est également un argument pour contester l’opinion qu’une connaissance du domaine scientifique pour en gérer les données n’est pas justifiable.

Par ailleurs d’autres arguments me sont venus à la lecture des commentaires du billet. Il me semble par exemple que la compétence qu’il faudrait développer chez les scientifiques n’est pas qu’ils maîtrisent la curation des données (ce n’est pas leur job) mais plutôt qu’ils apprennent à produire des données de qualité en veillant à produire les métadonnées pertinentes. Le constat actuel par rapport aux données scientifiques et qu’elles sont trop souvent produites pour une expérience particulière, avec une application particulière et en général très mal documentées en tant que données ce qui, même si elles conservées dans de bonnes conditions informatiques, les rend inutilisables pour une réutilisation ultérieure. A ce sujet je me rappelle d’une remarque d’un physicien de mes amis au début de ma carrière en science de l’information (vers 1980) lorsque que je lui parlais de l’utilisation de Sciences citation index. Il me répondit que reproduire une expérience similaire à une publiée représentait une telle complexité pour s’assurer que toutes les conditions similaires soient remplies que la plupart de ses confrères préféraient reconstruire une nouvelle expérience. Je pense que cette attitude n’a pas disparu, aussi bien en science dures qu’en sciences sociales.

Enfin, cette collaboration dont j’ai parlé plus haut n’est pas une nouveauté pour les archivistes. Dans le monde analogique, les durées de conservation se construisent à travers une négociation entre les producteurs, l’archiviste, le service juridique et les responsables institutionnels. Dans le monde des données scientifiques il n’y a pas de raisons que cela soit différent. Je pense donc que la solution de la curation des données réside dans l’application des recettes éprouvées de l’archivistique. Par rapport à la problématique soulevée dans le billet d’Emily Reynolds, je pense donc que la priorité réside dans la prise en compte institutionnelle de la curation des données. Ce n’est pas une zone réservée des scientifiques ou des information scientists mais un avoir informationnel institutionnel (en l’occurrence académique) qui nécessite une gestion commune et collaborative.

A propos regarddejanus

Archiviste, Record-manager et enseignant
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